Father Mother Brother Sister
Jim Jarmusch
À voir comme on s’accorde un rendez-vous :
Seul·e ou accompagné·e, dans le silence.
Les fêtes de fin d’année sont terminées. Le train s’est arrêté en gare. Témoin des étreintes plus ou moins fortes, des revers de manches qui s’agitent de gauche à droite, des sourires esquissés par milliers. Le pied à demi engagé dans un départ ou une arrivée, le quai de la gare est l’endroit où l’on quitte et où l’on se retrouve. Nous nous reverrons plus tard. Peut-être dans un an tout pile, ici. Ton visage n’aura pas changé. Il ne change pas. Quoi qu’un peu, à chaque fois. Car le temps, lui, ne nous quitte pas.
Quelques jours après les fêtes de fin d’année semble être le moment idéal pour s’accorder le visionnage du nouveau film de Jim Jarmusch, présenté en compétition à la Mostra de Venise 2025, où il a remporté le Lion d’Or. Jarmusch conjugue l’affection à la pudeur, incarnées dans un silence, dans un geste contenu. La famille est un lieu. Un espace où les liens circulent à bas bruit, se glissant sous la table dressée, dans le silence d’une pièce vide, encombrée de souvenirs.
« La famille est le lieu où le minimum de plaisir et le maximum de gêne font ménage ensemble », déclarait Paul Valéry. Les protagonistes cherchent à interagir, mais quelque chose - le monde, ou leur incapacité à s’y inscrire - les en empêche. Pourtant ils demeurent là, ensemble malgré tout.
Dans chaque histoire, la gêne ne se dissout jamais vraiment et le plaisir affleure, les deux faisant “ménage ensemble”. Jarmusch a un regard empathique qui parle au monde en ces temps moroses : l’intensité se contient dans le détail. Ainsi, sans jamais trop en dire, tout se tient dans : Father, Mother, Brother, Sister.